Entretien avec Pierre Huart
décembre 90 - janvier 91
- Cf Série Ecritures et Fils de Fer

Paris
Tous ces gens me visionnaient, comme aujourd’hui (90-91) comme un martien, comme un ours, un marginal…
C’est-à-dire, qu’ils ne connaissaient pas non plus mon travail ; ils ont vu des accrochages collectifs avec trois trucs…

Expositions
Quand je décide de montrer quelque chose, c’est déjà réalisé… ou si tu veux, quand la proposition d’expo se présente, j’ai déjà une somme de travail et je sais que entre ce qui c’est passé et ce que je vais continuer à faire, j’ai de quoi montrer ce qui me paraît être le vrai travail du moment…sans avoir de regret, parce que c’est la vie qui montre…souvent je me suis dit : « - Tiens, c’est quand même bête de ne pas montrer ce travail
Le moment passe… et quand on me propose une expo, je dis : "- je devrais montrer ce travail que j’ai fait"…mais les gens qui viennent te voir, ce qui les intéresse, c’est ce que tu fais…ce que tu es en train de faire…c’est très difficile de dépareiller une expo. Quand tu montres dix à vingt pièces, tu ne peux pas montrer cinq travaux de séries différentes. Il faut qu’il y ait quand même un peu de cohérence - ça influe beaucoup sur les choix.
Pour moi, en simplifiant, j’ai toujours eu ce rapport entre le côté expressionniste et le côté architectural, monumental…l’espace entre mes deux…pour arriver à la, les faire coïncider, ça a toujours été un petit peu…dans l’un comme dans l’autre, il y a tellement de possibilités que déjà, tu peux y travailler toute la vie…et en plus, lorsque plus ou moins consciemment, plus inconsciemment, ta recherche, c’est de vouloir les deux- ça offre un espace de travail énorme.
Dans mon travail ce qui a été le plus montré c’est toute la partie figurative qui a toujours le plus attiré.
Souvent, je remarque que dans mon travail, il y a cet évènement qui fais que je deviens très concentré, très inspiré à un moment donné…et parfois très lourd, trop présent, trop influent sur le travail et effectivement, j’ai besoin de faire de l’air, des plumes…

Rencontre avec Pignon
« Voir que la peinture était un langage…qu’on pouvait avoir une analyse »
je n’ai plus travaillé de la même façon et c’est une période où j’ai complètement lâché d’essayer de reproduire la nature…en me disant ces choses-là, il m’avait fait comprendre que c’était un langage.

« A l’époque (15-16 ans), c’est pas que je me sentais dégagé de la vie sociale, parce que c’est quelque chose qui m’a toujours attiré, mais…pour passer j’étais presque obligé, là encore, d’être inexistant, c’est-à-dire, presque de laisser croire aux gens que je m’en foutais… alors que je me « foutais » de très peu de choses, pratiquement de rien, mais j’étais amené à ça, à dire « je m’en fous, j’en ai rien à foutre… ».»

Mon stage de peinture en bâtiment…
« Il y a un côté de ce travail qui m’a beaucoup enrichi…sur les supports, sur la manière, … ça m’a beaucoup appris après… ce que je faisais à ce moment-là, il y en a une partie que j’acceptais, une partie que je repoussais… c’est vrai que l’application d’une matière, avec un outil, sur un support ça reste une aventure extrême ».

(Entretien P. Huard, 90-91)