A Paris en novembre 1985, Alain Diot :

« Sentir comment il va falloir que je travaille, je ne sais jamais au départ, j’essaie de choisir une position pour le support, soit verticale soit horizontale. Je tourne autour du dessin. Quand je ne tourne pas autour du dessin, c’est lui qui tourne autour de moi.
L’écriture est plus ou moins rapide, il y a des dessins comme de l’eau qui coule doucement, on essaie de prendre ce rythme là, de la chose qui se déplace. Je suis à la recherche d’un rythme que je ne trouve jamais. Le point de départ du dessin ce n’est pas toujours une image, c’est une émotion plus qu’une image. A force de vivre avec les choses, je vis avec le sentiment que tout est habité. Les choses me nourrissent, me font découvrir une écriture, un parcours.

Prendre un crayon sans souci plastique, par sensation, faire des nœuds avec du fil de fer, tous ces gestes reviennent dans mon travail.

Au départ, si j’ai abordé le noir et le blanc, c’est à cause de l’impossibilité de peindre pour des raisons matérielles. J’en suis venu à dessiner, à me déplacer avec des petites bouts de papier.
J’ai continué avec le noir et le blanc, les questions sont allées essentiellement à « qu’est-ce que c’est le dessin ? ». Je n’ai j’ai jamais trouvé une réponse qui me satisfasse.
Des artistes comme Henri Michaux, Degottex et Tobey m’ont touché.
Tobey est sans explication, il exige à faire un parcours pour accéder à son travail. Je me sens plus proche de Degottex, c’est moins cérébral, il y a ce côté du corps. Le lien avec les trois c’est une méditation, une concentration, l’énergie.

Il y a une part de mon travail qui est souterraine, qui est enfouie, dans les marges, au bord, qui prend une place tout à fait insoupçonnée, les choses ressortent et s’imposent d’une façon que je n’avais pas prévu. C’est mon travail qui me fait voir, ce n’est pas moi qui vois avant. »