« Propos Rompus » recueillis par Jean Klépal, et triturés à quatre mains, Alain Diot dit :

« - Pendant longtemps quand on me parlait du travail, c’était le travail des autres. J’ai ressenti le besoin de ne rien faire et je n’y suis jamais arrivé. La nécessité de ne rien faire est un souci primordial, c’est presque mystique.

J’essaie d’avancer, de comprendre, c’est souvent laborieux, les choses m’échappent, se font seules, comme si j’étais absent.

Le travail, c’est ce qui m’aide, ce qui me permet d’élargir le champ.

J’ai dit à mon père que je voulais faire de la peinture, il m’a envoyé en apprentissage dans une entreprise de peinture en bâtiment.

La peinture n’est pas un métier, c’est un rêve d’enfant, je ne fais pas de la peinture par plaisir, je peins parce que j’en ai le désir. Giacometti dit qu’un tableau c’est impossible à faire, c’est vrai !
Qu’est-ce que la vie pour quelqu’un qui n’est pas mort.
Si je ne peignais pas, je serais complètement délabré.

La peinture est ma colonne vertébrale, mon éthique.

J’aime les grigris, les gribouillis, les dessins qui ne ressemblent à rien. Henri Michaux dit de laisser tomber une goutte d’encre pour lire un visage dans la tache. J’aime ce qui est habité, j’aime la lumière, celle qui éclaire à l’intérieur.

L’espace du faire est celui du non-savoir. Tout me concerne et je ne sais pas quoi dire, je ne dis qu’entre les choses.

Dans l’épaisseur de la vie, je ne sais pas ce que c’est une chose finie. La volonté de compréhension m’entraîne toujours ailleurs. Partager le non-savoir me paraît aussi important que de partager ce que l’on sait ».

( Les Cahiers de la Gare, n° 16, 1991)